La filière en chiffres :
- 92 Milliards d'€ de chiffre d'affaires
- 3e contributeur à la balance commerciale
- 440 000 emplois directs et indirects
- 387 appellations viticoles
- 58 000 exploitations viticoles en France
- 12 millions d'œnotouristes chaque année sur les routes viticoles françaises
Il y a quelque chose de vertigineux dans ces deux chiffres mis côte à côte : la viticulture française génère 92 milliards d'euros de chiffre d'affaires et représente le troisième contributeur à la balance commerciale du pays. Et pourtant, 12,6 % des viticulteurs vivent sous le seuil de pauvreté monétaire.
« L'heure n'est pas au fatalisme, mais à l'action. En 2035, la France doit rester la référence mondiale de la viticulture à haute valeur ajoutée ». Le ton donne la mesure dans ce plaidoyer adressé aux candidats à l'élection présidentielle de 2027, qui dresse un état des lieux et formule cinq propositions concrètes pour que les candidats puissent l'inscrire dans leurs programmes :
- Harmoniser et stabiliser les normes en France et en Europe pour un cadre réglementaire à long terme et un appui à l'innovation agroenvironnementale.
- Simplifier les normes administratives pour un soutien et une protection renforcés aux exploitations familiales — un vigneron passe en moyenne 9 heures par semaine sur des tâches administratives.
- Renforcer les outils de régulation de la filière pour construire des prix en marche avant et garantir des revenus décents aux producteurs.
- Faire de l'œnotourisme un levier du développement territorial : 12 millions de visiteurs par an, 5,4 milliards d'euros de dépenses, un potentiel d'expansion considérable.
- Réformer la PAC post-2027 pour qu'elle serve la filière viticole, et non l'inverse — en maintenant une enveloppe nationale obligatoire pour le vin, menacée de réduction de 20 à 30 %.
Une filière qui s'effrite
Les signaux d'alerte s'accumulent. Entre 2010 et 2020, onze mille domaines viticoles ont disparu — l'équivalent, en surface, de deux fois le vignoble bordelais. L'excédent brut d'exploitation moyen a chuté de 25 % en 2023. Les dépôts de bilan se multiplient. Depuis cinq ans, 50 000 hectares ont été arrachés.
La cause n'est pas une seule crise, mais une accumulation de pressions : aléas climatiques, déconsommation sur le marché intérieur, inflation normative, et conflits commerciaux qui frappent la filière en ricochet. Les droits de douane imposés par les États-Unis sur les vins français en 2020 par exemple avaient ainsi coûté environ un milliard d'euros à la filière — pas parce qu'elle avait mal travaillé, mais parce qu'elle se trouvait au mauvais endroit dans un différend Airbus-Boeing. Et l'histoire continue...
Le cas du cuivre, ou l'absurde normatif
Parmi les tristes dossiers emblématiques de la surtransposition, celui des autorisations de mise en marché (AMM) des produits cupriques illustre de manière presque caricaturale la déconnexion entre les décisions administratives et les réalités du terrain.
À l'été 2025, l'ANSES — l'agence française de sécurité sanitaire — a retiré dix-sept produits à base de cuivre du marché. Le cuivre est pourtant la molécule de référence pour lutter contre le mildiou, aussi bien en viticulture biologique que conventionnelle. Seuls deux produits ont été réautorisés, avec des conditions d'usage si restrictives que la filière se retrouve, au démarrage de la campagne 2026, dans une impasse technique.
L'ironie de la situation : au même moment, la Commission européenne — qui homologue les molécules à l'échelle de l'Union — prolongeait l'autorisation du cuivre jusqu'en 2029. Les vignerons espagnols, italiens et allemands continuent donc d'utiliser les mêmes produits que leurs homologues français ne peuvent plus employer. La CNAOC propose ainsi l'application d'un principe simple : pas d'interdiction sans solution de substitution disponible.
« On ne peut pas protéger une vigne avec des solutions qui n'existent pas encore. Quand une règle change tous les six mois, on ne peut pas investir, on ne peut pas se projeter. » souligne Anthony Brun, Vice-Président de la CNAOC et Viticulteur à Cognac.
L'Europe à portée de verre, mais pas de ventes
Autre proposition du plaidoyer : faciliter la vente transfrontalière au sein de l'Union européenne par la mise en place d'un Guichet Unique des Droits d'accsises.
Si le marché unique existe. Pour le vin, il n'existe pas vraiment : lorsqu'un particulier allemand souhaite commander une bouteille de champagne en ligne, le processus implique sept étapes distinctes : envoi d'une facture pro forma avec le montant des accises allemandes, consignation par le client lui-même auprès de ses douanes locales, attestation douanière, retour de l'attestation au vigneron, facture définitive, document d'accompagnement douanier, expédition. Plusieurs semaines de démarches pour une transaction qui devrait prendre trois clics.
La CNAOC propose la création d'un guichet unique des droits d'accises, sur le modèle du guichet TVA (OSS) que l'Union a su créer. Un portail unique permettrait à tout opérateur viticole européen de déclarer et acquitter les accises dues dans son pays d'établissement.
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