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Projet de loi d’urgence agricole : la CNAOC – Maison des vignerons appelle à une approche collective pour sécuriser le revenu des acteurs de la filière tout en préservant l’équilibre des marchés viticoles

La question du revenu des vignerons n'a jamais été aussi brûlante que dans ce contexte de crise viticole. Alors que le projet de loi d’urgence agricole, fortement soutenu par les filières, sera examiné en Conseil des Ministres le 8 avril 2026, les dispositions économiques du texte font débats. D'un côté, ceux qui défendent le statu quo au nom de la fluidité des marchés et de la singularité du produit « vin ». De l'autre, ceux qui exigent des mécanismes concrets de protection des acteurs de la filière. Entre les deux, des vignerons qui, eux, n'ont plus les moyens d'attendre. La CNAOC – Maison des vignerons tient à porter une voix de synthèse et rappeler la priorité absolue : la sécurisation du revenu de l’ensemble des opérateurs, tout en préservant les équilibres de marché et en s’adaptant aux spécificités du secteur vitivinicole.

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March 31, 2026

La Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie à Appellations d’Origine Contrôlée CNAOC), représentant les 58 000 vignerons et 386 AOC françaises, prend connaissance des réactions suscitées par le projet de loi d’urgence agricole, notamment concernant l’éventuelle mise en place de mécanismes de prix planchers* (*prix minimal auquel un vendeur ou un acheteur est soumis). Si ces derniers peuvent susciter des interrogations légitimes, la CNAOC considère que le débat ne doit pas être réduit à une opposition de principe. Des outils permettant d’éviter des situations où les prix ne couvrent plus les coûts de production doivent pouvoir être examinés de manière rigoureuse, dans le respect des réalités économiques.

Rappelons que les vins d’AOC et d’IGP, soit 95% de la production nationale, ne sont pas des produits standards. Ils reposent sur un modèle collectif exigeant, fondé sur des règles de production strictes, des rendements encadrés et une recherche constante de qualité. Et pourtant, aujourd'hui, ce travail ne garantit plus un revenu digne. À ce titre, la question du partage de la valeur au sein de la filière ne peut être éludée.

« Aujourd’hui, un vigneron n’a pas la sécurité qu’il pourra vivre de son métier, même s’il travaille correctement. Il subit l’inflation, les aléas climatiques, les aléas commerciaux et une forte déconsommation sur le territoire national. Il est indispensable de renforcer les outils pour protéger nos producteurs, mais aussi les négociants » plaide Stéphane Gabard, co-Président de la Commission Marché de la CNAOC – Maison des vignerons et producteur bordelais.

Dans ces réflexions, plusieurs conditions essentielles sont à prendre en compte :

Coûts de production et indicateurs marchés (mercuriales, panel grande distribution, circuit CHR, export…) doivent être travaillés de concert pour aboutir à des dispositifs « sortie filière »

Les outils développés doivent pouvoir s’appliquer à l’ensemble des opérateurs économiques et que la valeur de l’un, ne se fasse pas au détriment de l’autre.

- Le cadre interprofessionnel ne doit pas être fragilisé mais bien renforcé, en tant qu’espace indispensable de dialogue et de co-construction.

 

Damien Gilles, également co-Président de la Commission Marché de la CNAOC – Maison des vignerons et producteur en Vallée du Rhône, en appelle à la responsabilité de tous les acteurs : « Nous vivons une situation économique dure et traumatisante. Nous ne perdons plus de la valeur, nous la détruisons. La perte est temporaire, du fait d’aléas conjoncturels. La destruction, elle, est irréversible. Nous n’arriverons jamais à la retrouver si nous n’avons pas une boîte à outils efficace, complète et transversale. »

C’est bien l’esprit du travail collectif mené par la Maison des vignerons au sujet des indicateurs de prix d’orientation – l’article 172 ter de l’OCM* (*qui permet de communiquer sur des prix d’orientation des vins), avec une première expérimentation qui verra le jour sur le Côtes-du-Rhône rouge dès la campagne 2026.

Le vigneron rhodanien poursuit : « Nous avançons vite et bien avec la Commission européenne, Bercy, le CNIV et l’UMVIN. La recette est connue : renforcement des indicateurs économiques pour une meilleure appréhension du marché, subsidiarité pour permettre à chaque région d’adapter les outils en fonction de ses spécificités régionales, un travail étroit avec les pouvoirs publics pour construire des dispositifs adaptés, différenciés et opérationnels ».

La sortie de crise ne peut reposer ni sur le statu quo ni sur des oppositions simplistes. Elle exige une approche collective et responsable, permettant aux viticulteurs de vivre dignement de leur production tout en préservant la compétitivité et la diversité des appellations.

 

Cette même logique doit prévaloir pour l'ensemble de la boîte à outils : régulation volumique via les réserves interprofessionnelles, gestion prévisionnelle des sorties, EGALIM, les indicateurs de prix d’orientation (172 ter) ou les accords de durabilité (210bis). L’articulation avec les organisations de producteurs, dont la publication du décret pour la filière vin est prévu au printemps 2026, et avec la contractualisation, fera partie des réflexions au sein de la filière.

 

« La CNAOC – Maison des vignerons restera pleinement mobilisée pour que les évolutions règlementaires et législatives à venir contribuent à renforcer durablement la valeur des vins d’AOC (et d’IGP), dans l’intérêt des producteurs comme de l’ensemble de la filière »conclut Stéphane Gabard.

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