Elections présidentielles : les candidats et la viticulture
A quelques semaines des élections présidentielles, la CNAOC a interrogé les candidats à l’élection présidentielle. 3 questions leur ont été posées sur des thématiques importantes pour la viticulture française : PAC et droits de plantation, politique de santé publique, commerce et économie.
Les candidats
Beaucoup de candidats se sont lancés dans la course à l’Elysée. La CNAOC a décidé d’interroger les candidats des partis représentés au Parlement français (Assemblée nationale et Sénat). Les réponses du Front de Gauche – Parti Communiste Français ont été fournies par Xavier Compain, chargé des questions agricoles. Nous avons listé les candidats interrogés dans cette interview par ordre alphabétique.

François Bayrou - Mouvement Démocrate (MODEM)
La libéralisation des droits de plantation doit avoir lieu le 1er janvier 2016. Quelle est votre position sur ce sujet ? Si vous êtes élu(e), que comptez vous faire pour revenir sur cette décision ?
Faire disparaître le droit de plantation c’est immédiatement augmenter sans contrôle les quantités de vin sur le marché, avec une baisse concomitante de la qualité et des prix. Cette décision de la Commission est donc une erreur absolue. Je constate d’ailleurs qu’elle est fortement contestée au sen de l’Union européenne par treize pays. Je prends donc acte avec bon espoir de la récente proposition du Commissaire européen à l’agriculture, de mettre en place un groupe de réflexion sur la viticulture. Mais si, au terme de cette réflexion, cette décision devait être maintenue, il faudra se battre.
Quelle politique de santé souhaitez-vous appliquer en matière de lutte contre l'alcoolisme ? Comptez vous augmenter la fiscalité ?
En tout, les excès sont des comportements dangereux. Les pouvoirs publics doivent protéger des dangers d’une consommation excessive d’alcool, et je pense en particulier aux plus jeunes. Une politique de sensibilisation, d’information et de prévention est donc un devoir. Il faut aussi rappeler que l’alcoolisme provient souvent d’une tentative d’échapper à une détresse : traiter les causes de l’alcoolisme est tout aussi important. Une politique de santé en la matière doit être élaborée sur des bases scientifiques éprouvées, parer en priorité aux cas les plus graves, en évitant la confusion entre l’abus et la consommation modérée et raisonnable.
S’agissant de la fiscalité, je veillerai à ce qu’elle ne constitue pas un handicap pour la filière viticole française et qu’elle soit simplifiée et stabilisée, afin de permettre une visibilité aux acteurs concernés.
Le secteur contribue à l'excédent de la balance agro-alimentaire. Quelles sont les mesures que vous mettrez en place pour soutenir les exportations ?
Les très bons résultats de la filière « vins et spiritueux » à l’exportation ont encore été renforcés en 2011 avec 925 millions d’euros de plus qu’en 2010. Ils tiennent avant tout aux efforts de qualité et commerciaux de toute la filière. Je fais une totale confiance aux professionnels pour assurer leur avenir en la matière. Ils ont montré leur savoir-faire. L’Etat doit être un facilitateur en assurant un cadre juridique et financier favorable.

François Hollande – Parti Socialiste
La libéralisation des droits de plantation doit avoir lieu le 1er janvier 2016. Quelle est votre position sur ce sujet ? Si vous êtes élu (e), que comptez vous faire pour revenir sur cette décision ?
Cette réforme sacrifie notre modèle viticole, pourtant exemplaire. Il faut se battre pour inscrire les droits de plantation comme une règle pérenne de la PAC. Le groupe de haut niveau mis en place par Dacian Ciolos est une avancée. 14 Etats souhaitent le maintien de ces droits de plantation. Ce n’est pas suffisant mais des pays comme la Bulgarie pourront constituer des alliés dans cette bataille contre la dérégulation du secteur.
Quelle politique de santé souhaitez vous appliquer en matière de lutte contre l'alcoolisme ? Comptez vous augmenter la fiscalité ?
La consommation excessive d’alcool n’a jamais été aussi répandue en France. Cette situation est préoccupante pour la santé publique, notamment des jeunes. Dans ce cadre, je suis d’abord favorable à une politique de prévention et d’alerte sur les risques de l’alcool. Et je crois que c’est par la pédagogie, et l’éducation à la diversité, à la responsabilité et à la modération que nous pourrons lutter contre le problème de l’alcoolisme.
Le secteur contribue à l'excédent de la balance agro-alimentaire. Quelles sont les mesures que vous mettrez en place pour soutenir les exportations ?
Soutenir les exportations, c’est d’abordpérenniser l’excellence de notre production et les revenus qu’elle génère pour les producteurs, en la structurant, en veillant sans cesse à sa qualité et en encourageant la contractualisation collective face à la distribution. Ensuite, il fautrenforcer, en lien étroit avec les caves coopératives et les vignerons indépendants, la promotion à l’international de nos productions. Nous devons enfin être offensifs et travailler tant avec la SOPEXA qu’avec UBIFRANCE pour améliorer notre présence mondiale.

Eva Joly - Europe Ecologie/Les Verts.
La libéralisation des droits de plantation doit avoir lieu le 1e janvier 2016. Quelle est votre position sur le sujet ? Si vous êtes élue, que comptez-vous faire pour revenir sur cette décision ?
Je suis partisane d’une viticulture de qualité, paysanne, bio, sur de petites et moyennes exploitations harmonieusement réparties sur le territoire. Si je veux permettre à ce modèle viticole durable de se développer, je suis contre la dérégulation totale prônée au niveau européen : elle pourrait engendrer une augmentation de plus de 30% des surfaces viticoles françaises, avec comme impact une baisse immédiate de la qualité, des prix tirés vers le bas et une chute inacceptable du revenu des producteurs. Cette libéralisation absolue serait le triomphe d’un modèle viticole, basé sur de grandes vignes de plaine irriguées, qui constitue une impasse culturelle et sanitaire.
Quelle politique de santé souhaitez-vous appliquer en matière de lutte contre l'alcoolisme ? Comptez-vous augmenter la fiscalité ?
Le vin a évidemment une dimension culturelle importante en France. Et ma plus grande crainte, pour cet aspect culturel comme pour la santé de nos concitoyens, c’est qu’il devienne un produit de consommation comme un autre, et que sa fabrication s'industrialise, et s'éloigne des terroirs. Pour éviter cela, je m’opposerai aux facilités accordées ces dernières années pour la publicité sur internet. Plus généralement, l’alcool sera particulièrement visé par la politique de prévention que je souhaite mettre en œuvre pour lutter contre les addictions et pour la santé des français. L’évolution des techniques fait que le degré élevé d'alcool n'est plus aujourd'hui synonyme de goût et de qualité des vins.
Le secteur contribue à l'excédent de la balance agro-alimentaire. Quelles sont les mesures que vous mettrez en place pour soutenir les importations ?
Le vin n’est pas un produit alimentaire banal. Il a un contenu « culturel » important. Que ce soit pour le marché national comme pour l’export, l’objectif ne saurait être la croissance des volumes. Je préfère exporter la culture française que des produits bas de gamme comme le font certains des "nouveaux producteurs". Je souhaite protéger les indications géographiques et les appellations d'origine, régulièrement mises en cause, et ré-ouvrir au niveau européen le dossier du vin bio. Le vin n'a en effet pas droit à l'appellation bio européen.

Jean-Luc Mélenchon - Front de Gauche/Parti Communiste Français
La libéralisation des droits de plantation doit avoir lieu le 1er janvier 2016. Quelle est votre position sur ce sujet ? Si vous êtes élu (e), que comptez vous faire pour revenir sur cette décision ?
La France a manqué de vigilance sur cette question en 2008 puisque cet abandon sur proposition de la commission à été accepté par Michel Barnier, lorsque Nicolas Sarkozy présidait l'Union Européenne au cours du second semestre 2008. Aujourd'hui, 13 pays sur 27, tous producteurs de vins, dont l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne font la demande de maintenir les droits de plantations. Le PCF l'a exprimé dernièrement à la rencontre des viticulteurs du Languedoc-Roussillon, il faut maintenir cet outil de régulation de la production de vins et de défense de la qualité par la sélection du terroir. La suppression des droits de plantations signifierait à terme : libéralisation, concentration, délocalisation aux mains de multinationales du vin. Nous le refusons. Avec le Front de Gauche, nous porterons cette exigence auprès de nos partenaires Européens.
Quelle politique de santé souhaitez vous appliquer en matière de lutte contre l'alcoolisme ? Comptez vous augmenter la fiscalité ?
S'agissant de la santé, nous défendons l'idée que le vin est un produit culturel. Cette culture du vin, la connaissance de la diversité des crus, des cépages, de l'accord entre les mets et les vins... sont des arguments plus efficaces pour lutter contre l'alcoolisme que l'augmentation de taxes. Le secteur contribue à l'excédent de la balance alimentaire.
Quelles sont les mesures que vous mettrez en place pour soutenir les exportations ?
La qualité française du vin s'exporte sans aide particulière. Le maintien des droits de plantations est encore le meilleur moyen de garder une grande diversité de vins. La force et l'originalité des vins français résident dans une gamme de qualités, de prix, sur tous les créneaux, y compris en vins de cépages dès lors qu'ils sont cultivés sur des sols adéquats. Il y a donc lieu de protéger et d'encourager ce savoir-faire.

Nicolas Sarkozy - Union pour un Mouvement Populaire (UMP)
La libéralisation des droits de plantation doit avoir lieu le 1er janvier 2016. Quelle est votre position sur ce sujet ? Si vous êtes élu (e), que comptez vous faire pour revenir sur cette décision ?
La suppression des droits de plantation serait une erreur majeure. Elle entraînerait le développement d’une production de masse qui ferait chuter les prix et ruinerait les viticulteurs. Elle conduirait à perdre en qualité, donc en valeur ajoutée. Ce n’est pas sur le prix que nous arriverons à faire la différence, mais sur la qualité, sur la typicité, sur le savoir-faire de nos vignerons.
Quelle politique de santé souhaitez-vous appliquer en matière de lutte contre l'alcoolisme ? Comptez vous augmenter la fiscalité ?
En France, l’alcool reste la seconde cause de mortalité évitable par cancers, après le tabac. 3,7 millions de consommateurs sont considérés comme « à risque ». C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de notre politique globale de prévention des addictions et de lutte contre les comportements à risque, nous avons décidé dansde finances 2012 d’augmenter la fiscalité sur les boissons fortes titrant 40°. Toutefois, le vin, les rhums et les productions régionales n’ont pas été concernés par cette mesure.
Le secteur contribue à l'excédent de la balance agro-alimentaire. Quelles sont les mesures que vous mettrez en place pour soutenir les exportations ?
Tout d’abord, je félicite les viticulteurs de France d’avoir regagné la première place des exportateurs mondiaux en valeur. Nous devons poursuivre sur cette voie ; dans cet objectif, nous avons mis en place en 2011 un fonds national doté de 8 millions d’euros par an pour des actions de promotion. Ce fonds complète l’enveloppe de 180 millions d’euros de l’OCM du vin affectée à la promotion des vins français dans les pays tiers sur la période 2008-2013. J’engage la filière à déposer rapidement des dossiers de demande auprès de la Commission et à se rassembler pour gagner des parts de marché à l’exportation.