Actualité et enjeux de Vin & Société en 2011
Créée en 2007, Vin & Société fédère l’ensemble des acteurs de la filière viticole française : production, négoce et interprofessions. Composée de 28 membres (7 organisations nationales, 22 organisations interprofessionnelles régionales), cette association de loi 1901 est l’interlocuteur du public sur tous les sujets de société touchant au vin pour la santé, la prévention, la société, ou l’art de vivre. A l’occasion de la sortie de son nouveau site internet, retour, avec ses portes paroles, sur les actualités et les enjeux de l’Association en 2011.
Entretien avec Séverine Besse Le Saux, directrice générale.
Pourquoi avoir rejoint Vin&Société ?
La filière du vin fait face à de nouveaux enjeux au sein de la société française : il s'agit de consommation de biens alimentaires, de boissons alcoolisées et donc de santé et de responsabilité, mais il s'agit aussi de tolérance et de convivialité… Il nous faut analyser ces enjeux et les anticiper, afin de constituer de nouvelles réponses et d’être un véritable « laboratoire d’idées ». Spécialiste de la communication corporate et « d’image », j’ai exercé comme consultante et directrice dans de nombreuses agences de communication. Ma nomination intervient quelques mois après l’implication de l’ensemble des interprofessions au sein de Vin&Société, et la définition de nouvelles ambitions pour la structure. Elle marque aussi, je pense, l’ambition de la filière et de sa présidente, Marie-Christine Tarby, de valoriser la place du vin dans la société française et son sens des responsabilités.
Justement, quelle position stratégique la filière compte-t-elle adopter sur les sujets de société ?
Représenter la filière, c’est s’engager pour l’information et la prévention, mais aussi initier un dialogue franc avec les professionnels et le public, en acceptant la critique mais sans rien laisser passer. Un exemple : nous avons récemment réagi à un article paru dans Version Femina, qui a soulevé de nombreuses protestations au sein de la filière. Intitulé Vin et santé, la fin du mythe, il présentait la consommation de vin, même modérée, comme nocive pour la santé et contenait de nombreuses erreurs et approximations. Nous avons réagi calmement et fermement, en apportant un démenti clair et argumenté à ces allégations. Selon moi, cela illustre très bien l’action que nous comptons mener chaque jour.
Quels sont les grands enjeux à venir en 2011 pour l’Association ?
En 2011, nous allons continuer à mener des actions de promotion de la consommation responsable de vin. Nous avons d’ailleurs publié un Memento Vin&Santé, qui permet de faire le point sur ce sujet et d’écorner quelques idées reçues. Mais nous souhaitons aussi continuer à initier le débat. Pour cela, nous avons lancé une plateforme web (voir encadré) audacieuse et innovante, qui donne à voir une nouvelle image du vin et de sa place dans la société. Nous serons aussi présents au Salon de l’Agriculture, qui sera une occasion de montrer combien la filière est forte et unie… je ne peux rien dire pour le moment, mais cela va être étonnant !
Les enjeux politiques de la filière, avec Bernard Farges.
Dans le cadre du projet de loi santé publique, comment V&S agit-elle pour faire évoluer la politique publique sur l’alcool, favoriser la prévention et l’éducation plutôt que l’interdiction et la stigmatisation ?
Dès la création de Vin&Société, une de nos premières missions a été d’initier un dialogue avec les parlementaires, le ministère de la Santé et de l’Agriculture. Notre objectif est, avant toute sortie de textes, de faire valoir la position des professionnels et des scientifiques pour assurer un contrepoids. Les discussions sur la prochaine loi de Santé publique ont été reportées mais nous sommes très vigilants, en particulier sur toutes les initiatives politiques concernant la prévention des risques liés à l’alcool. Nous sommes ainsi présents au sein du Conseil de la Modération. Nous tenons à rappeler que la filière est responsable en matière de prévention à travers le programme A toi de Choisir, bien sûr, mais aussi les initiatives régionales comme le Collectif de la Gironde verte, par exemple, que nous soutenons. Pour être crédible et efficace, nous devons dépasser le simple syndicalisme défensif : notre attitude doit être à l’image de la consommation que nous prônons : responsable et mesurée, et étayée par de solides arguments techniques et scientifiques.
Plan cancer : pourquoi faut-il éviter l’étiquetage des unités d’alcool sous la forme envisagée par les pouvoirs publics ?
Nous ne voulons pas d’une mesure se limitant à l’indication du nombre d’unités d’alcool sur les bouteilles : même si ce type d’étiquetage peut répondre à une problématique spécifique (faire la différence entre les bières à haut et faible degré d’alcool), pour le vin, c’est réducteur, et incompréhensible de toute façon pour les consommateurs. Il faut trouver d’autres modes d’information des consommateurs, trouver un ton beaucoup plus pédagogique que ne le fait l’INPES, dans la campagne de communication qui passe actuellement sur nos écrans, pour communiquer et offrir des repères aux consommateurs : 2 verres par jour pour les femmes et 3 pour les hommes. C’est notre ligne directrice dans toute communication en direction des pouvoirs publics.
En 2011, la Loi Evin aura 20 ans : Vin&Société compte-t-elle lancer le chantier d’une meilleure définition de la « publicité » dans ce cadre ?
La mobilisation de la filière et des parlementaires a permis d’introduire internet dans les supports autorisés de communication pour les boissons alcoolisées. L’application de la loi Evin nous pose encore de nombreuses difficultés, liées pour la plupart à la frilosité des afficheurs ou des régies publicitaires et à l’absence de définition de la publicité qui fait toute évocation du vin est un acte publicitaire. C’est une épée de Damoclès qu’il nous faudra supprimer mais la redéfinition de la publicité est à manier avec prudence, car c’est un chantier dangereux. Rouvrir le débat et demander la modification de cette loi, c’est aussi parfois s’exposer à un durcissement de la loi existante. Pour les 20 ans de la loi Evin, avant de préconiser des évolutions et des modifications, nous présenterons un bilan de la loi et de son application.
Les autres chantiers : quelles positions sur la vigilance sur la fiscalité, la sécurité routière, l’alimentation-nutrition ?
Il est impossible d’être exhaustif maintenant mais nous serons très vigilants sur ces dossiers et tous les autres sujets qui touchent à la place du vin dans la société, c’est notre rôle, notre mission. Avec l’augmentation de nos moyens matériels, nous améliorons nos moyens de veille politique, nos outils d’intervention auprès des pouvoirs publics et surtout notre image : afin de convaincre l’opinion publique du bienfondé de nos positions politiques, nous devons quitter notre attitude trop défensive et présenter le visage d’une filière responsable, fière et dynamique.
Présentation du site internet,www.vinetsociete.fr
Lancé et présenté mi-décembre aux acteurs de la filière, le nouveau site de Vin&Société a pour objectif de devenir une véritable plateforme de contenus, fédératrice et novatrice, autour de l’univers du vin. Il s’adresse à la fois à tous les professionnels de la filière (vignerons, entreprises, groupements professionnels), aux partenaires (tels que œnologues, sommeliers, restaurateurs, cavistes), aux journalistes, aux nombreux passionnés et au grand public.
Organisé autour de cinq grandes thématiques (santé, politique, société et bientôt aussi économie et art de vivre), il associe des articles de fond, des débats avec des personnalités référentes et des contenus issus de la presse et des blogs spécialisés. Son atout principal ? Porter un regard neuf sur le monde du vin. Cette « vinosphère » devient ainsi la vigie des grandes tendances d’aujourd’hui et de demain. Il est aussi un vecteur de sensibilisation autour des nombreuses actions initiées par Vin & Société sur le thème de la prévention et de la consommation responsable.